Boltanski : le cri du cœur !

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Il vous reste quelques jours pour profiter d’un moment unique, pour vivre une expérience rare d’immersion dans ce que l’art contemporain nous réserve de meilleur.

Dès la porte du Grand Palais franchie, on oublie vite la position confortable du spectateur de musée à laquelle on s’était préparé pour vivre une expérience inédite, au cœur d’une œuvre dont on devient malgré soi un élément plus qu’un acteur, comme une trace de peinture fraîche au centre d’un tableau…

La formidable canopée du Grand Palais, entr’aperçue dès le seuil et si présente quand l’ennui guette (cf. FIAC), s’efface au profit d’une aspiration puissante qui mobilise tous les sens. L’alignement des vêtements au sol, contenus par des piliers métalliques rouillés, équitablement espacés, évoque autant de vivants décharnés. La fascination est amplifiée par le bruit sourd des milliers de battements de cœur qui se répondent, s’entrechoquent dans leur étonnante singularité respective. Certains occupent l’espace comme une sarabande, d’autres font plutôt penser, quelques mètres plus loin, à la pulsation d’un fluide mais tous participent à la même impression fascinante et entêtante dans une ambiance de froid glacial qui aiguise la perception…

Un peu à l’écart, une grue s’empare de manière aléatoire de vêtements au sommet d’un grand tas pour les relâcher vers leur destin de mort, comme les pinces d’un jeu de fête foraine qui vous font croire que vous maîtrisez le choix d’une peluche bon marché parmi d’autres, en apparence semblables. Cette pince, c’est la « main de Dieu » qui dispense des vies, caresse des morts.
Un mur de boîtes métalliques rouillées, semblable à une barre de HLM oubliée, traduit une notion de nombre, d’accumulation.

Comment ne pas songer à l’holocauste et à ces entassements, fruits d’une « industrialisation » de l’horreur comme révélés dans le film d’Alain Resnais « Nuit et brouillard » ? Boltanski s’en défend en revendiquant une universalité du discours.
A un journaliste qui lui disait : vous êtes un artiste juif ! (Christian Boltanski, né à la fin de la Seconde Guerre mondiale d’un père juif d’origine russe et d’une mère corse chrétienne), Boltanski, énervé, lui a rétorqué : « Mais pas du tout, je suis corse ! ». Il ajoute : « La Shoah, c’est une histoire qui m’est proche, qui me touche. Mais, chez moi, il y a du dérisoire, et, je l’espère, une lecture plus diffuse. »
Cette noton de « dérisoire » est constamment présente dans l’œuvre de Boltanski et la « désacralisation » de l’art, loin de la posture de la plupart des artistes conceptuels y participe : « Pour rouiller mes boîtes, je pissais dessus. Après, je les ai arrosées de Coca. Un conservateur pour une exposition les faisait installer avec des gants blancs. Cela n’a aucun sens ! »

Au Grand Palais, il voudrait que son œuvre entre dans un répertoire et qu’elle revive dans cinquante ans, avec un autre metteur en scène, comme de la musique, un ballet. Je trouve cette idée sublime et j’attends avec impatience que le ministère de la culture valide ce projet en mettant en bonne place les partitions de Boltanski.

Publié dans : Actualité |le 15 février, 2010 |Pas de Commentaires »

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